WERG DUCH DEN FISH «  A travers le poisson »Il s’agit d’une voie sur le versant sud de la Marmolada, dans les Dolomites, ouverte l’été 1981 par Igor KOLLER et Piotr SUSTR . Cette voie fait partie de l’histoire de l’escalade : ouverte sans piton à expansion, elle représente une  expression novatrice de l’escalade, engagée car respectueuse d’un rocher compact  présentant de grandes difficultés techniques. L’itinéraire comporte 600m difficiles et engagés puis 300m d’escalade plus classique. Au centre de la voie se trouve une petite vire, surplombée d’un toit, l’ensemble prenant la forme d’un poisson. La voie traverse cette vire, avec juste avant et juste après les principales difficultés.

 

La complexité de cet itinéraire réside dans la compacité de la roche qui augmente avec les difficultés (jusqu’à 7b+ dalle) et l’absence de protection artificielle de type spit ou broche : L’ensemble de la voie est gravi en se protégeant grâce aux anfractuosités qu’offre le calcaire, essentiellement des trous et des lunules, y compris pour les relais. Plus la difficulté est grande, moins il y a de trous et ainsi moins il y a de protections…

 

J’ai eu la chance de parcourir cette voie en septembre 2006 avec Stéphane BENOIST, qui l’avait déjà gravie une fois et qui en avait l’expérience. L’expérience est fondamentale dans ce type d’aventure où il est mis en avant la capacité à grimper juste et bien, de façon relâchée. Le seul niveau technique ne suffit pas pour échapper à l’ambiance vertigineuse qui règne dans le Fish (bien que, à l’approche, dans les prairies, cela ne paraisse  pas si raide que cela…) . La conjugaison de l’expérience et du niveau technique permet d’appréhender avec davantage d’efficience les longueurs et leurs enchaînements. Je dois avouer que malgré une pratique régulière de l’escalade dans le 8ème degré, comme Stéphane, je n’ai pas été aussi serein que lui et certaines longueurs m’ont fait plier en escalade libre, m’obligeant à la pose de crochets pour assumer à ce moment là, la réalisation en tête de la longueur.
Nous avons eu le plaisir également de rencontrer Igor KOLLER au refuge Falier la veille de notre ascension.

 

 

 

La voie :
Depuis le refuge Falier approche évidente et rapide vers la base de la paroi. Contour de la première longueur par la droite en cherchant une vire à droite (pas évident de nuit…mais facile).
L1 : longueur fissurée 6a/6a+ en rocher moyen, qui réveille.
Jusqu’à R5 pas trop difficile, grimpe dans le 6 avec bonnes protections à poser
L6 : Nous ne sommes pas tout à fait dans la voie et il nous faut revenir à droite pour revenir dans la première longueur en 7 (7a+) : pas facile mais protégeable.
L7 et L8 : réalisés en une seule longueur par Stéphane dont la longueur la plus connue , le dièdre évasé en 7b.
L9 : un court passage en 6c+ plein gaz qui permet d’atteindre « le poisson ».
L10 : 7a, la plus belle longueur avec beaucoup d’ambiance.
L11 : 7b+ bloc pas évident et peu protégeable (même la pose de crochet n’est pas facile)
L12 : 7a/7a+ avec un pendule sur micro lunule à doubler par le friend adéquat…
L13 : Courte traversée plein gaz en 6b
L14 : 6c pas si facile en fissure et petit pendule pour terminer sur la vire qui marque la fin de la partie difficile (600m)
Nous avons mis treize heures jusqu’à la vire et prenons la décision de redescendre avant trop d’obscurité.
La ligne de rappel est correcte et pas trop difficile à trouver (de jour…).
Je garde un souvenir très fort de cette ascension et de cette cordée qui m’ont enrichi. J’espère un jour, bientôt, repartir dans cet itinéraire pour tenter d’achever l’enchaînement de certaines longueurs, avec aujourd’hui d’avantage d’expérience.

Didier Le Gall