Une plante toxique présente en abondance dans les Calanques

D’apparence anodine, la ruta graveolens, ou rue officinale, est une plante que l’on trouve en abondance sur le sol méditerranéen et particulièrement le long des chemins rocailleux. Nombreux sont les grimpeurs de la région qui ont croisé son chemin et qui en ont gardé un souvenir particulièrement tenace… Le contact avec les fleurs présentes sur nos sols entre la fin avril et la fin août, suivi d’une exposition au soleil peut entraîner une dermite aiguë qui ressemble à une brulure du premier ou deuxième degré. La peau gardera une hyperpigmentation et des cloques pendant plusieurs semaines, accompagnées de démangeaisons. Ce phénomène est d’autant plus surprenant que bien souvent c’est le lendemain que l’on se rendra compte que l’on a croisé son chemin d’un peu trop près. On n’éprouve à son contact aucun symptôme qui pourrait laisser penser que ce végétal est particulièrement toxique. Avec un peu d’expérience (une fois qu’on a testé, on est beaucoup plus prudent…), on arrive à détecter sa présence uniquement à son odeur qui est très caractéristique, très forte et persistante.

On n’éprouve à son contact aucun symptôme qui pourrait laisser penser que ce végétal est particulièrement toxique.

Des vertus médicinales

Particulièrement redoutée des grimpeurs et des randonneurs, elle est pourtant connue pour ses propriétés depuis la nuit des temps. La ruta graveolens aussi appelée la rue officinale contient de nombreuses substances aromatiques et chimiques qui lui donnent des vertus médicinales. Parmi ses composés, on cite particulièrement : les flavonoïdes, les alcaloïdes, les coumarines, et de l’huile essentielle riche en méthyl-nonyl-cétone. La rue est depuis longtemps reconnue pour son effet renforçant pour les yeux. Michelangelo, par exemple, ainsi que beaucoup d’artistes la consommait religieusement pour cette raison. Elle contient une substance qui lui doit son nom, la rutine proche de la vitamine C2 aux propriétés anti-oxydantes. A petite dose, la rue a également la réputation d’avoir des vertus toniques et stimulantes qui favorisent la digestion.

Dans la Grèce antique, on l’utilisait contre la toux et au moyen-âge, pour se protéger contre la peste et le typhus. Par ailleurs, la rue a la réputation d’être abortive et suite à ça, sa culture a été interdite par une loi de 1921. C’est aussi un répulsif pour les insectes, notamment les puces et les pucerons. Sa saveur forte et légèrement amère fut longtemps mise à profit pour la réalisation de liqueurs digestives et autres boissons telles que l’hydromel ou des vins aux herbes.

Ruta graveolens : une souche homéopathique

Il faut aussi savoir que pour le grimpeur soumis à de nombreux soucis articulaires ou tendineux et qui consomme souvent des granules d’arnica, la Ruta graveolens est une souche homéopathique aussi utilisée:
– en cas d’ entorses, quelle que soit leur gravité
– en cas de douleur après réduction d’une luxation
– en cas de tendinites
– en cas de douleur aux articulations avec ou sans limitation du mouvement
– en cas de douleurs lombaires, ou de douleurs lombo-sacrées
– en cas de douleurs faisant suite à une chute

Toxique à certaines doses mais utilisée en pharmacologie, appréciée par certains mais redoutée par d’autres, rares sont les plantes de nos contrées qui regroupent autant de propriétés que la rue. Vous n’aurez, je l’espère, plus le même regard lorsque vous croiserez son chemin au détour d’une falaise !

Papick Bracco