Dans un article adressé à la revue des guides N°82, André Bernard, président de la Compagnie des guides de Provence et guide actif au sein du massif des calanques, donne sa vision des phases de concertations ayant abouti à la création du parc National des calanques.
Par le biais de cette lettre, il revient sur le rôle majeur des usagers et professionnels dans la protection et la valorisation du plus grand parc National périurbain Français.

Le Parc National des Calanques (par extension, le territoire qui s’étend du Cap Canaille jusqu’à La Ciotat) a été créé le 18 avril 2012, après une douzaine d’années de gestation. Pendant cette période, le GIP (Groupement d’Intérêt Public), chargé de sa mise en œuvre, a collecté les informations pour permettre la concertation entre les pouvoirs publics et les acteurs des Calanques.

La recherche d’un nécessaire équilibre entre protection de l’environnement et pratiques installées n’a pas été sans remous. Des ACOUT et ACOUM (Ateliers de Concertation des Usages Terrestres et Maritimes) ont permis d’organiser ces concertations en identifiant des publics, souvent usagers historiques, qui n’avaient pas l’habitude de se regrouper.

Il a été impérieux de définir tout d’abord cet « esprit des lieux » qui, comme nulle part ailleurs, a permis à ces femmes et ces hommes, extrêmement attachés à ce territoire, d’en user tout en le préservant.
Car l’histoire de la protection des Calanques est étroitement liée à celle de ceux qui y ont vécu. Comment peut-on imaginer que ces vingt kilomètres de côte entre Marseille et Cassis et jusqu’à La Ciotat n’aient pas été atteints par la folle course à la construction, sans invoquer la mobilisation sans faille de leurs usagers ?
Depuis plus d’un siècle, chaque menace (et jusqu’à la destruction dans le cas de Port Miou) a vu tout d’abord les associations d’usagers (plaisanciers, randonneurs, grimpeurs) s’insurger et se mobiliser . Cette pression exercée sur les pouvoirs publics a eu pour effet le classement du site terrestre en 1975, marin en 1976, puis la création du Parc National.

Pendant l’épisode GIP, les grimpeurs ont été de fervents partisans de la création du Parc. Pour autant tout n’a pas été simple. Après que le GIP eut annoncé que l’homme n’avait pas (ou plus) sa place dans cet environnement, puis assené brutalement la création possible de vastes réserves intégrales (qui interdisent toute pénétration humaine), un certain nombre de grimpeurs et de randonneurs se sont mobilisés autour du projet d’un collectif associatif « des Calanques et des Hommes ».

Ils se sont insurgés contre ce qu’ils considéraient comme une grave atteinte à leur droit fondamental de vivre, circuler et protéger. Après avoir reconnu le fait que la pratique de ces activités douces dans les Calanques avait largement contribué à leur protection, on leur demandait maintenant de se retirer en les considérant comme nuisibles. Plus encore, cette incompréhension s’est transformée en un sentiment d’injustice lorsque l’on découvrit que les interdictions se fondaient sur un calcul « vu du ciel » – une paroi verticale « vue du ciel » représentant une surface quasi nulle ! – alors que la surface « grimpable » des falaises se mesure en les regardant de face. Ainsi une interdiction de 5 % de la surface aurait représenté en réalité la suppression de plus de 50% des terrains historiques d’escalade et de randonnée dans les Calanques !
Une pétition obtint 13000 signatures.
Il a alors été possible de dialoguer, les usagers proposant des solutions afin que ces réserves intégrales soient réduites ou en tous cas équivalentes à une proportion relativement comparable à celles des autres parcs nationaux…..

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